Voyage voyage

Voyage voyage           

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Intention

Les personnages de Voyage voyage ont fait le choix d’un aller simple pour la planète rouge. Dans un univers clos où les émotions prennent parfois des allures de pulsions, ils tentent de cohabiter et d’ajuster leurs attentes et leurs fantasmes à la réalité de leurs découvertes. Ils se racontent, s’aiment, se détestent, s’organisent tant bien que mal pour mener à bien une mission qui reste mystérieuse, pour eux comme pour nous.

Pour sa nouvelle création, Princesse Léopold a choisi d’aborder un voyage de l’extrême et de plonger ses personnages dans un monde étrange, animé par les lumières futuristes des lasers. Mais c’est surtout un voyage dans nos aspirations les plus banales et les plus intimes que nous souhaitons proposer. Une exploration de nos fantasmes de grandeur, de gloire, de conquête, dans ce qu’ils ont peut-être de plus grotesque.

C’est la découverte de l’existence de la mission Mars One qui a été à l’origine de notre envie d’aborder ce thème. Les initiateurs de ce projet prévoient de coloniser Mars dès 2026, dans le but d’offrir à l’humanité un nouveau départ sur une nouvelle planète. Notre pièce ne raconte pas cette mission-là en particulier, aucune précision n’est donnée quant à la nature exacte du voyage de nos personnages. Ce qui nous intéresse, ce sont justement les raisons intimes qui poussent des gens à accomplir une telle expédition. Si le sérieux de la mission en elle-même reste à prouver, il est avéré que des milliers de femmes et d’hommes ont bel et bien postulé pour ce voyage dont tout le monde sait qu’il sera sans retour. Qui sont ces personnes qui croient en un avenir possible sur une planète totalement hostile ? D’où viennent-elles et que veulent-elles ? Comment peuvent-elles faire abstraction de la parole des scientifiques qui assurent qu’il n’existe pas encore de technologie assez évoluée pour faire vivre des humains sur Mars plus d’une soixantaine de jours ?

La situation de huis-clos dans laquelle évoluent les personnages permet de faire ressortir les caractéristiques de chacun de manière exagérée, de faire se rencontrer des personnalités et des histoires de vie diamétralement opposées. Cela donne lieu à des situations cocasses, drôles, absurdes ou tragiques. Celles-ci sont racontées à travers des scènes dialoguées où les relations de chacun et chacune sont développées. Mais la question de l’intimité reste primordiale. Elle est traitée, entre autres, à travers des scènes de monologues appelées « confessions » qui offrent aux personnages un temps de parole durant lequel ils peuvent s’exprimer librement. Ces apartés sont inspirés des émissions de télé-réalité qui mettent en scène leurs participants en train de « se confier » à la caméra et de commenter ce qu’ils vivent au quotidien. Le projet Mars One, évoqué précédemment, devrait justement devenir une émission de télé-réalité qui servira à financer la mission. Cette dimension nous paraît extrêmement intéressante à exploiter puisqu’elle pose la question de l’auto-mise en scène des personnages. Ceux-ci sont en effet amener dans la pièce à parler au public comme s’ils s’adressaient à une caméra et qu’ils se savaient potentiellement observés par des milliers de téléspectateurs/trices. Que choisissent-ils de dire ? Comment faire transparaître entre les lignes ce qu’ils ne veulent ou ne peuvent pas dire ? Quel rôle joue cette opportunité de se faire connaître au monde, cette « starification », dans le choix de s’engager dans un tel projet ? Comment les confessions évoluent-elle avec la poursuite de la mission, le temps qui passe et qui fait paraître l’éloignement avec la terre de plus en plus grand ?

A travers ces scènes de confessions, c’est le voyeurisme du public qui est également questionné. Jusqu’où pourra-t-il pénétrer dans l’intimité de ces gens ?

Quatre personnages composent cette pièce, deux femmes et deux hommes : Véronique, Elise, Jack et Bob. Ils et elles viennent de pays, d’horizons, de croyances très différents. Leurs profils variés sont le reflet du choix réfléchi d’une mystérieuse société de production ou équipe d’organisation dont on ne saura jamais rien précisément. A nouveau dans une logique de télé-réalité, ces protagonistes forment une sorte de panel sociologique constitué dans le but de déclencher le plus de désaccords ou en tout cas le plus de relations humaines conflictuelles et excitantes. Mais les échanges qui surgissent de cette situation de base ne sont peut-être pas ceux auxquels nous nous attendons.

Texte

Fanny Wobmann

Mise en scène

Adrien Gygax et Fanny Wobmann

Jeu

Laure Aubert, Sandro De Feo, Quentin Leutenegger et Laurence Maître

Création son

Emmanuel Nappey

Création musicale

Nicolas Lambert

Scénographie

Thomas Pachoud

Costumes

Marie Jeanrenaud

Direction technique

Gaspard Matile